Une plongée dans l’histoire : sur les traces de Jacques Cousteau sur Précontinent 2

Durant le dernier voyage de photo sous-marine en Mer Rouge au Soudan, j’ai réalisé un très vieux rêve d’adolescent: plonger sur le site qui servit à la construction de Précontinent 2 où a séjourné l’équipe de Jacques Cousteau en 1963. Ce fut une plongée chargée d’émotions et un véritable choc. Même s’il ne reste qu’un garage à scooters et le dôme qui accueillait la soucoupe d’exploration, le site n’en demeure pas un important témoignage historique sur cette aventure humaine hors norme.

1963 : l’aventure Précontinent continue

En 1963, l’équipe Cousteau installe sur le récif corallien de Shab Roumi «le récif chrétien», en Mer Rouge au large du Soudan, une structure qui porte le nom de Précontinent II. C’est un projet de maison sous la mer. A cette époque les deux grandes puissances que ce sont l’URSS et les Etats-Unis ont engagé une course effrénée pour la conquête de l’espace. Jacques Cousteau, lui, est persuadé que l’avenir de l’homme se jouera sous la surface des océans.

La première étape de ce projet fou a débuté le 14 septembre 1962 au large de Marseille. Deux membres de l’équipe Cousteau Falco et Wesly séjournèrent pendant une semaine à 10 mètres de profondeur et en travaillant à une profondeur maximale de 25 mètres. Cette première étape couronnée de succès se prolongea à Shab Roumi avec la construction d’une seconde maison. Cette fois, la structure comporte un garage en forme de dôme pour la soucoupe plongeante qui explora les fonds marins. Un lieu d’habitation a été construit à 10 mètres de profondeur. Cette fois, cinq hommes y vivront pendant un mois. Elle comprenait une salle de séjour avec le poste de contrôle, des chambres à coucher et des dépendances.

A côté de la maison, un hangar à scooters a été construit. Enfin, une autre maison conçue pour abriter deux hommes a été construite à 25 mètres de profondeur. Les communications entre les différentes structures sont assurées par un téléphone et une télévision. Un vaisseau de surface fournissait l’énergie nécessaire au fonctionnement des appareils électriques. C’est aussi ce navire, le Rosaldo qui assurait l’arrivée de l’air pour maintenir deux bars de pression dans les maisons.

Toutes ces histoires sont racontées dans un film qui restera à jamais gravé dans ma mémoire, « le monde sans soleil ». Même si le film est avant tout un outil de communication à la gloire de Jacques Cousteau, il n’en demeure pas moins un extraordinaire témoignage sur l’expérience humaine et technique. Par exemple, le film montre les hommes en train de fumer dans la maison à 10 mètres. Les témoignages des protagonistes concordent pour dire que c’est Cousteau qui avait fait cette mise en scène qui n’avait rien à voir la réalité.

Les vestiges sont en parfait état

Aujourd’hui, seul l’abri pour la soucoupe plongeante et le hangar à scooter sont encore visibles sur le site de Shab Roumi. Les maisons ont été démontées après l’expérience. Mais c’est avec une immense émotion que j’ai eu la chance de plonger sur ce site. En contemplant les vestiges de cette aventure, je repensais à mes jeudis après-midi où adolescents je regardais les feuilletons réalisés par l’équipe Cousteau. Nous étions tous fascinés par ces hommes qui vivaient sur la mer. A l’époque nous étions tous persuadés qu’en l’an 2000, une partie de l’humanité vivrait dans de grandes cités construites sous la surface. Nous imaginions de grands tubes reliant les lieux de vie où les êtres humains se déplaceraient. Finalement, rien de cette utopie n’est arrivé. Précontinent reste une utopie.

De tous les livres que j’ai lus et de tous les reportages scientifiques que j’ai regardés dans les années 80, il me semble que rien ne soit arrivé. Jamais personne n’avait prévu un monde où la communication serait reine pour le meilleur et le pire. Personne n’avait prévu que les guerres continueraient de plus belle et que les hommes vivraient dans des réalités virtuelles sans même connaître le nom de son voisin.

Tout comme Cousteau, aller jusqu’au bout

Mais pourtant, je dois tout à ces aventures utopiques. Sans ces reportages et ces lectures que je dévorai goulûment, la plongée et la photographie sous-marine ne seraient pas devenues mes raisons de vivre. Aujourd’hui, pour la plupart des nouveaux plongeurs, la plongée sous-marine est devenue un produit de consommation: il faut au moins plonger une fois pour faire une chose exceptionnelle que l’on racontera sur les réseaux sociaux. Une fois que ce serai fait, ils passeront à une autre expérience. Il faudra absolument qu’ils puissent dire «Je l’ai fait» pour épater leurs amis et leurs connaissances.

Pour moi, la plongée sous-marine et par extension la photographie sont bien plus que cela. C’est une manière de vivre, de penser, de vivre chaque instant. C’est une manière d’être. Même si je plonge dix fois sur le même site de plongée pour réaliser des photos, cela m’est égal. Je trouve toujours quelque chose d’intéressant à photographier. Il y a toujours un sujet que je n’avais pas vu. Peu m’importe la course au nombre de sites ou encore de pays visités. Seul compte le plaisir d’être dans l’eau en apesanteur. Même si les aventures de l’équipe Cousteau étaient utopiques et que rien ne s’est produit, je leur dois l’essentiel «toujours aller au bout des projets en étant un homme libre».

Cette plongée sur Précontinent II, m’a permis de me souvenir de tous mes rêves d’enfant et d’adolescent. Pendant cette heure de plongée, j’ai pu faire le point sur ma vie. Je me suis rendu compte que même si c’est difficile, je ne regrette rien. La liberté n’a pas de prix. Il ne faut jamais faire de concessions pour mener à bien ses projets les plus fous.

Auteur: marie

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